Usagers de la route
Le saviez-vous ?
 
L
e saviez-vous ? La France est l’un des 3 pays européens où l’alcool au volant fait le plus de morts derrière la Slovénie et l’Estonie, avec 30% des accidents mortels où au moins un conducteur présente un taux d’alcool dans le sang positif
On ne peut pas rester insensible devant le coût des accidents de la route corporels. Le coût humain notamment. Les études actuelles sur ces accidents permettent d’en connaitre mieux les origines. L’alcool au volant explique un nombre important d’accidents de la route mortels. Les dangers de la conduite en état d'alcoolémie ne sont plus à démontrer. L'Observatoire européen de la sécurité routière estimait, en 2006, que 25 % des accidents de la route mortels étaient dus à une conduite en état d'ébriété. La lutte contre l'alcool au volant se fait aujourd'hui à échelle européenne.

A défaut d’avoir créé un permis de conduire européen (seuls les permis nationaux et le permis de conduire international existent), les pays européens tendent à harmoniser les règles de conduite entre les pays membres de l’Union européenne. Le 17 janvier 2001, la Commission européenne publiait, d’ailleurs, une recommandation pour que le seuil d'alcool dans le sang (au-delà duquel il soit interdit de conduire) soit de 0,5 g/L de sang. Et que ce seuil soit porté à 0,2 g/L pour les conducteurs novices et les conducteurs professionnels.

La majorité des pays européens ont adopté en 2012 cette recommandation, fixant comme taux d'alcool maximum autorisé pour conduire le taux de 0,5 g/L. Certains pays se sont montrés encore plus inflexibles. En Lituanie par exemple, le taux d'alcool maximum autorisé pour conduire est de 0,4 g/L. En Estonie, Pologne, Slovénie et Suède, il est de 0,2 g/L. En Hongrie, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, l'usager de la route commet une infraction dès l'instant où il conduit en ayant bu de l'alcool. D'autres pays, en revanche, sont plus laxistes. A Malte et au Royaume Uni, le taux maximum d'alcool autorisé pour conduire est de 0,8 g/L. Nombreux sont également les pays européens à avoir suivi les recommandations de l'Union européenne concernant l'abaissement du seuil d'alcool dans le sang autorisé pour les conducteurs novices et les conducteurs professionnels. Parmi les pays à ne pas l'appliquer, on peut citer le Royaume-Uni, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, le Danemark, la Finlande, Malte et le Portugal. Dans une moindre mesure, l'Espagne, dont le seuil est abaissé à 0,3 g/L, la France qui n'applique l'abaissement de ce seuil qu'aux conducteurs de transport en commun et la Lettonie qui ne l'applique pas aux jeunes conducteurs.

Curieusement, selon l'étude Drink Driving Toward zero Tolerance - ETSC 2012, ce ne sont pas les pays les plus laxistes qui enregistrent le plus grand nombre de personnes tuées sur les routes à cause de l'alcool au volant. Il n'y a pas de données communiquées pour Malte mais le Royaume-Uni n'enregistre que 16,3 % d’accidents mortels où au moins un conducteur présente un taux positif. C'est bien en deçà de la Slovénie (32,2 %), de l'Estonie (30,6 %) ... et de la France (30,1 %). Il est étonnant de voir la France apparaitre en 3ème position. Surtout quand on sait que la France œuvre activement contre l’alcool au volant. En France, l’alcool au volant est, par exemple, la cause la plus fréquente de garde à vue des usagers de la route. L’usager de la route contrôlé en train de conduire en état d'alcoolémie encourt un retrait de points, voire une invalidation du permis de conduire, voire même dans certains une peine de prison. De plus, l’usager encourt les mêmes sanctions en cas de conduite en état d’ivresse manifeste. Les forces de l’ordre n’ont, dans ce cas, pas besoin de mesurer l’alcoolémie du conducteur. Il suffit que les signes d’alcoolisation de l’usager de la route soient suffisamment manifestes et que cette alcoolémie soit manifestement incompatible avec la conduite. Ce qui est parfois utile pour les forces de l’ordre sachant que la fiabilité des éthylotests est contestée. De même, il arrive que les juges retiennent la conduite en état d’ivresse au lieu de la conduite en état d’alcoolémie, lorsqu’un avocat permis de conduire soulève des nullités de procédure, comme par exemple une non homologation des éthylomètres utilisés pour confirmer l’alcoolémie des conducteurs. Toujours est-il que le cas de la France laisse perplexe. En effet, en dépit d'une législation conforme aux standards européens, d'une communication importante sur les dangers de l'alcool au volant, de sanctions dissuasives en cas d'infractions (retrait de points, amende, permis de conduire invalidé), d’un durcissement des conditions pour être indemnisé après un accident de la route si l’usager de la route conduisait avec de l’alcool dans le sang, la France fait partie des 3 pays européens à connaitre le plus de morts sur la route à cause de l'alcool.

On peut cependant reprocher à ces chiffres d’être en partie biaisés. En effet, le taux d’alcool dans le sang constitutif d’une infraction doit s’apprécier au regard de la législation en vigueur dans les pays visés. Ainsi si le taux d'alcool dans le sang maximum autorisé pour conduire était de 0,5 g/L au Royaume-Uni, au lieu de 0,8 g/L, il y aurait peut-être beaucoup plus que 16,3 % des tués dans un accident de la route à cause de l'alcool. De même si la Slovénie et l'Estonie n'avaient pas un taux d'alcool dans le sang maximum autorisé de 0,2 g/L mais de 0,5 g/L, il y aurait sans doute moins d’accidents mortels où au moins un conducteur présente un taux positif au regard de la législation du pays.

Inversement, les pays qui enregistrent le moins de morts sur les routes à cause de l'alcool ne sont pas ceux qui sont les plus inflexibles dans leur lutte contre l’alcool au volant. La Bulgarie enregistre 3,6 % de morts sur les routes à cause de l'alcool au volant avec un taux maximal autorisé à 0,5 g/L. Les Pays-Bas 4,2 % avec un taux à 0,5 g/L. La Belgique, 4,6 % avec un taux à 0,5 g/L.

Cette curiosité peut s’expliquer par la propension des pays à rechercher systématiquement la présence d'alcool dans le sang en cas d'accident de la route. Dans certains pays, par exemple, il n'est légalement pas autorisé d'effectuer un dépistage d'alcool dans le sang sur une personne décédée.

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